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Vincent, Buenos Aires, Argentine | Vincent, Buenos Aires, Argentine |
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EQUINOXE
Comme il n’est pas fixé sur un pays, il accepte volontiers la mission. Vincent quitte donc la France en 88 pour faire son service de coopération Son parcours d’entrepreneur : Sa coopération dans le contrôle de gestion et l’informatique se déroule bien. L’expérience est intéressante mais ne le convainc pas de continuer sa vie professionnelle dans une grosse structure. A la fin de sa mission de coopération, il a pourtant la possibilité de rentrer en France et faire carrière au sein du Groupe Air Liquide. Vincent, lui, a envie d’essayer de monter sa propre boite. Il se dit que c’est une bonne opportunité : en effet, il a finit son service militaire, finit ses études, le moment est idéal pour tenter l’aventure avant de rentrer « dans la vraie » vie professionnelle. Il choisit donc fin 89 de monter quelque chose. Il cherche ce qu’il peut faire en Argentine. Il détecte assez vite deux opportunités, que la dévaluation de 89 favorise. Il pense monter quelque chose dans le tourisme : la destination Argentine est devenue attractive car vivre et voyager dans ce pays sont devenus bon marché. De plus, lors de sa coopération, Vincent a eu l’occasion de pas mal voyager dans tout le pays et il pense suffisamment bien le connaître. L’autre option est de se lancer dans l’import/ export de produits phares argentin comme la viande ou le cuir. En effet, la faiblesse de la monnaie rend les produits argentins très compétitifs à l’exportation. Finalement, entre ces deux projets, Vincent opte pour le tourisme. Les raisons sont strictement personnels : le tourisme est un produit sympa à vendre, qui fait rêver et peut permettre d’obtenir des billets d’avion pas chers pour rentrer en France ! Il monte donc l’agence de tourisme « equinoxe » en 1990, avec l’objectif de faire venir des européens en Argentine. Il part en France faire la tournée des voyageurs et tours opérateurs pour proposer ses services. Par chance, il obtient un gros contrat. En effet, un important tour opérateur, « le tourisme français », qui vend deux beaux circuits pour le cône sud de l’ Amérique du Sud (cordillère des Andes et Patagonie), est mécontent de son prestataire sur place et décide de lui faire confiance. Ce beau contrat lui permet de démarre l’activité de l’agence en fanfare. Il lui rapporte environ 20 groupes par an de 20 à 50 personnes, principalement seniors, et qui en veulent que du beau et du confortable. Ensuite, arrive un petit drame en Argentine. Le ministre de l’économie de l’époque, décrète en 92 qu’il faut redonner de la vigueur à la monnaie argentine et fixe la parité un peso égale un dollar. En l’espace de quatre mois, le pays devient horriblement cher. Vincent est contraint d’augmenter ses prix de manière exponentielle (plus 50%). Le tourisme réceptif s’effondre et l’agence « equinoxe » perd de nombreux clients. Heureusement, « le tourisme français » continue de lui envoyer des groupes, de moins en moins. Sauf qu’un jour, son principal client dépose le bilan et oublie de lui payer les dernières prestations. L’ardoise monte à 50 000 dollars, ce qui est énorme pour sa petite agence. Une important crise s’amorce mais Vincent ne lâche rien. Il réussit à négocier un rééchelonnement des paiements avec ses fournisseurs, il maintient l’emploi mais demande des sacrifices de la part de ses salariés, et au final il réussit à passer le choc. Un autre phénomène va l’aider à remonter la pente. Le changement de monnaie a été accompagné d’un important plan de privatisation. De ce fait, l’Argentine devient un eldorado pour les multinationales étrangères. Le pays connaît un boom économique et Vincent voit débarquer ou se renforcer de nombreuses sociétés françaises (Lyonnaise des Eaux, EDF, Renault, Peugeot, Société Générale …). Face à cette situation ou il ne recevait plus de touristes de l’étranger, il décide, à raison, de se rabattre sur cette nouvelle clientèle d’expatries des grands groupes français. En effet, ceux-ci possèdent un fort pouvoir d’achat, sont en Argentine pour une durée limitée et ont donc l’envie de découvrir au maximum ce pays. L’activité de son agence bascule donc vers la commercialisation de voyages et tours pour les expatriés. Pour répondre à la demande, mais aussi pour se diversifier, il développe aussi une activité billetterie et les voyages d’affaires (soit un service professionnel de billetterie à destination des filiales de grands groupes français). Le succès est au rendez-vous et l’activité redécolle de 94 jusqu’en 98. De 98 à 2001, autre palier. Vincent doit faire face en même temps à l’important crise financière de 2001 qui immobilise le pays, et attentats d’Al Quaida aux Etats-Unis qui provoque une chute du tourisme au niveau mondial. Plus rien ne marche. L’agence ne reçoit pas de commande pendant 6 mois. Heureusement, Vincent a pu s’appuyer sur une situation financière saine, zéro endettement et la solidarité de ses employés pour tenir le coup et survivre à la crise. Beaucoup de ses collègues n’ont pas eu cette chance. « equinoxe » fête cette année ses 17 ans. L’agence a aujourd’hui des activités très diversifiées avec 3 secteurs qui marchent bien : le tourisme réceptif qui a beaucoup baissé mais reste important, les voyages d’affaires et les voyages personnalisés. Elle est condamnée à toujours croître, et comme de la croissance est de nouveau au rendez-vous, elle recrute : 50 employés aujourd’hui contre 2 au départ. Vincent appréhende un peu cette situation. Il souhaite arriver à stabiliser la structure et conserver l’équipe actuelle. Cela représente déjà beaucoup de personnel et plus de rigidités, et il a toujours peur d’un retournement de conjoncture. L’avantage du tourisme est qu’il est un domaine au carrefour de beaucoup d’autres domaines d’activités, dont l’hôtellerie. A chaque fois que Vincent reçoit des touristes, ceux-ci lui demandent l’adresse d’un petit hôtel sympa… et force est de constater qu’à l’époque, l’offre hôtelière se limite aux grands hôtels hors de prix et aux pensions sans grand confort. Vincent a donc l’idée de monter un hôtel de charme mais il faut pour cela des moyens. Concours de circonstance, en 2001, il se lie d’amitié avec l’un de ses clients, un dirigeant d’une grande boite française qui souhaite investir en Argentine et qui recherche une opportunité intéressante de le faire. La chance va lui sourire deux ans plus tard. Il fait la connaissance à Buenos Aires d’un citoyen belge qui désire monter un hôtel. Les 3 protagonistes trouvent un accord pour s’associer. Ensemble, ils cherchent et trouvent un immeuble à vendre. La négociation de l’achat est difficile et dure plusieurs mois, puis se concrétise enfin en 2003. Ils engagent des travaux de rénovation qui durent 10 mois et ouvrent l’ « art hotel » en 2004, une petit hôtel de charme de 35 chambres. Ils obtiennent sans le savoir un excellent article dans le New York Time qui du jour au lendemain va engendrer une avalanche de réservations d’américains. L’ « art hotel » marche très bien avec un taux de 85% de remplissage et s’avère une belle affaire. Vincent a d’autres en tête ou en cours, dans l’immobilier notamment et au-delà des frontières de l’Argentine. Sa vie d’entrepreneur : Pourquoi devenir entrepreneur ? Quand il a monté l’ agence, il s’était dit qu’il allait faire ça pendant six mois, voire une année, puis qu’il allait rentré dans le « droit chemin », soit commencer une carrière de jeune cadre dynamique au sein d’une grosse boite. Il ne pensait pas en faire un projet de vie. Il voyait cela plutôt comme une expérience à ne pas rater : il avait finit ses études, n’ était pas encore dans la vie active, et il savait qu’ une fois employé il serait difficile de faire… le moment était donc idéal. Il a donc monté sa petite boite et au bout de 6 mois, il s’est pris au jeu, à aimer le challenge de gagner des contrats, à l’envie de défendre son affaire. Au bout d’un an, il a voulu continuer, puis deux et maintenant ça fait 17 ans qu’il est chef d’entreprise. Plus jamais il ne se voit redevenir employé car ce qu’il fait le passionne. Il ne faut cependant pas croire que la vie d’un patron est tout rose : il s’est longtemps nourri de pâtes et a dû faire face à de nombreux problèmes personnels et traverser les crises. Mais s’il fait la part des choses, la balance est largement positive. Quel parcours du combattant pour créer en Argentine ? En argentine, il ne faut attendre aucune aide de l’état, des éventuels financement. On monte sa boite seul avec son argent. Un avantage ici est la souplesse de la législation. On peut s’adapter à son environnement, sans avoir à suivre des règles strictes et contraignantes. Par exemple, pour monter une agence de voyage en France il faut une garantie de 400 ou 500 000 euros, alors qu’ici le fond obligatoire de garantie n’est que de 100 000 pesos ce qui rend la création plus accessible. Un jeune, sans trop de moyens, peut se lancer dans cette activité en Argentine mais pas en France. De plus, l’Argentine garde un côté artisanal qui fait qu’il est facile de monter une petite structure. L’investisseur étranger résidant peut acheter et posséder du patrimoine sans recourir à un sponsor. L’obtention de la résidence est pas simple et souvent long (6 mois à 1 an) du fait des méandres administratives à franchir, mais on finit toujours par l’obtenir. Et pour créer une société il faut juste qu’un des associes aie la résidence. On peut donc faire des affaires assez facilement ici mais il ne faut pas croire que tout est rose : la corruption est importante, et la situation économique très instables. Vigilance et précautions sont de rigueur. L’Argentine est un pays qui peut réserver des très bonnes surprises comme des mauvaises. Le pays semble bien reparti aujourd’hui mais il y a toujours la menace d’une nouvelle crise. C’est le lot des pays en voie de développement. Et si c’était à refaire ? Il le referait sans aucun doute. Il est très content de son choix et remercie la chance qu’il a eue. L’argentine est son pays d’adoption et il va rester y vivre. Il essaie simplement aujourd’hui de diversifier ses activités au niveau géographique pour ne pas être entièrement dépendant de la situation de ce pays. Des conseils à donner pour qui voudrait tenter l’aventure ? Pour lancer son affaire à l’étranger, mieux vaut être persévérant. Il faut aussi savoir qu’on avance sans filet (pas de chômage, plan retraite, aides financières, etc.) et que la démarche comporte des risques. En cas d’échec, il faut se relever seul. Ses conseils à destination des chefs d’entreprises sont d’essayer le plus tôt possible de diversifier ses projets pour ne pas être trop lié à une crise spécifique du secteur, et de toujours chercher à avoir une situation financière saine. Il invite ceux qui souhaite tenter l’aventure de l’Argentine à venir le voire. Il leur parlera de son expérience et donnera des conseils, les aidera autant qu’il le peut (contacts, renseignements, etc). |
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